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*Étonnement systémique et libertaire *Évaluations de l'actualité culturelle, artistique, politique, économique, sociale *Ouvertures vers la pensée non conformiste

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Albert Fleury


Albert Fleury, poète, écrivait dans le numéro 2–3 de Les Cahiers de l'Alba :

Quand les toits versaient du soleil
la vie nous capturait en douceur
pour nous rendre un jour à la mort sans couleurs.


Albert Fleury nous a quittés le 27 août dernier. Né le 18 avril 1923 à Charlieu, dans la Loire, il émigra en 1936 dans Le Bourbonnais où il résidera jusqu'à la fin de ses jours. Il était enseignant.  Il fut avec Roger Siméon, Gérard Bocholier et Pierre Delille cofondateur de la revue Arpa. Il a publié de nombreux recueils de poèmes, dont le premier, Instants, en 1966 chez José Millas-Martin, et un roman, Passage d'Angeline.
Alain Castets nous a tracé sur dix pages, dans le numéro 4–5 de Les Cahiers de l'Alba, un portrait critique amical et bien documenté d'Albert Fleury et de son œuvre, ainsi qu'un florilège.

Crédits :
Merci à Albert Fleury pour son recueil Orée de lune, et aux éditions de l'Arbre pour l'voir publié.
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A
Chère correspondante,<br /> j'étais certain d'avoir répondu, mais j'ai un doute, en reclassant le courrier reçu.<br /> Alors, quitte à une redite...<br /> <br /> La Mireille qui est intervenue dans les commentaires est Mireille Disdero. Nous travaillons un peu ensemble de temps en temps et elle a co-édité une revue qui s'est intéressée à Albert Fleury. D'où son post, où elle reprend un article qui y fut publié.<br /> Voir à <br /> son sujet cette page du site principal.<br /> <br /> <br /> Merci pour votre témoignage.
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C
J'étais l'une de ses élèves au début des années 1960, à Pierrefitte sur Loire (dans l'allier). C'est tout à fait par hasard en fouinant sur Internet que j'apprend son décès récent. J'avais connaissance de son roman "Passage d'Angeline". Vous dites de lui que c'était un homme discret, c'est vrai mais il savait Voir. J'explique nous étions à l'époque nombreux enfants de l'assistance publique, placés dans des familles. Il a su voir que mon jeune frère était maltraité dans sa famille d'accueil et discrètement comme il savait l'être, il a contacté les services compétents.Lors du décès d'un jeune du village en Algérie, il a écrit quelques mots, qui, n'en déplaise aux Dirigeants de l'époque, reflétaient la pensée de la masse rurale mais laborieuse que nous étions. Je vois dans vos commentaires qu'intervient une certaine Mireille, s'agit il de sa fille ?
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M
Bonjour Jean-Pierre,<br /> Voilà le fameux article d'Alain Castets, pour Albert Fleury (trop long sans doute pour un commentaire mais il est important) issu des Cahiers de l'Alba n°4-5  :<br /> Albert Fleury" l'Alliance de l'étoile et des lèvres " <br />  Sur près de 40 ans, il n'y a eu que trois notes de lectures s'essayant à défricher les abords du domaine Fleury. <br /> Ce poète a construit son œuvre à l'écart de l'agitation et n'a jamais cherché à se faire valoir, pratique étrangère à la saisie secrète et pure du sens personnel de l'existence. Une vie poétique avec science et patience. Est-ce à dire qu'il s'est enfermé dans l'isolement, “totalement en marge”, comme l'a inventé un critique-sans-épaules ? Albert Fleury a été attentif à son contemporain. Ainsi, par exemple, il fonda la revue Arpa - avec Roger Siméon (père de Jean-Pierre Siméon), Pierre Delille et Gérard Bocholier - dont il est aujourd'hui le président d'honneur. Il fut le secrétaire-adjoint de l'association des amis de l'écrivain  Charles-Louis Philippe, ami de Gide et fondateur de la NRF avec Gallimard. Il soutint de manière fidèle, depuis le début, la défense de la poésie menée par Guy Chambelland et son association Le Pont de l'Epée dont il est d'ailleurs toujours membre. Sans parler de sa participation à quelques revues : Friches, Journal des Poètes, Lieux d'être, Solaire…<br /> Albert Fleury est né le 18 avril 1923 à Charlieu, un bourg près de Lyon. Son père était électricien, sa mère tenait son magasin. Garçon unique et solitaire. A 13 ans, ses parents déménagèrent à Saint Prix- Lapalisse et c'est au Cours Complémentaire mixte, mixité rare, bénéfique, qu'advint sa deuxième naissance : le petit citadin découvrit la campagne grâce à un jeune enseignant, naturaliste passionné, qui lui donna aussi la passion du roman. Francis Jammes servit de déclic pour la poésie. Suivirent Verlaine et Rimbaud. L'année suivante, à 14 ans, il écrivait des poèmes, presque chaque soir, en vers classiques, dont certains furent publiés dans une revue : “Terre”. Mais lui, rêvait d'une vocation dans l'œuvre romanesque. A 17 ans, ayant réussi le concours de l'Ecole Normale au moment où Pétain les supprimait, le voici pensionnaire au lycée de Montluçon. Les normaliens avaient pour habitude d'organiser des “mariages pédagogiques” en tirant au sort, dans un chapeau, les noms des garçons et filles du concours. Canular où veillait le hasard objectif : Albert Fleury fut marié à Simone Lavigne, d'un an sa cadette, dont le père était viticulteur, et qui s'orienta vers l'enseignement pour échapper à la ferme. Les mariés pédagogiques ne purent se connaître dans le climat de la guerre. Les études étaient très surveillées et les pensionnaires n'avaient que de rares informations par quelques externes. A 20 ans, le bac à peine passé, Albert fut mobilisé  dans les Chantiers de Jeunesse - chance -  à Carcassonne où il fit la connaissance de Joë Bousquet qu'il fréquenta 8 mois. En 1944, cet anti-militariste de conviction s'engagea à Toulouse dans les Corps francs Pomiès, sous la 1ère armée de De Lattre de Tassigny, et se retrouva à Stuttgart. Démobilisé, il termina son Ecole Normale à Moulins. Puis, nommé pas loin, dans le même secteur de sa “femme pédagogique”, il put enfin rencontrer Simone : ils se marièrent en 1949 et s'aimèrent fidèlement à jamais. Ils eurent 3 enfants. <br /> Pendant 15 ans, jusqu'en 1962, A. Fleury n'écrivit plus de poèmes. Son activité d'instituteur rural, en couple, ainsi que sa famille, lui prit tout son temps, d’autant qu’il fut chargé de fonder et diriger un Collège d’Enseignement Général mixte, à Moulins, rattaché par la suite au lycée de jeunes filles où il acheva en 1978 une carrière exemplaire. Il n'avait pas, cependant, abandonné sa vocation romanesque, publiant son premier roman chez Debresse, Passage d'Angéline, en 1956, lequel reçut le prix de l'Académie du Vernet. Les romans suivants furent froidement accueillis par les éditeurs : “trop poétique, trop milieu rural…”  Surtout, ses  tâches d'enseignant lui devinrent un obstacle insurmontable. Albert Fleury se tourna vers la poésie et tant mieux. Au total, 16 recueils. Tous en vers libres. Son recueil de jeunesse au titre déjà révélateur, “Patience”, il l’avait présenté à Joë Bousquet qui  apprécia ces vers rimés bien frappés et leur sensibilité toute fraîche. Mais Albert Fleury les jugea ensuite de forme et d'expression trop conventionnelles. Est-ce parce qu'il découvrit à la même époque le territoire Rilke (“l'élargisseur”) ? Les Elégies de Duino devinrent sa bible poétique, bien qu'il ne fût en rien un suiviste, écartant les cadres préétablis, choisissant d'être athée, liberté complète à assumer par soi-même. Entrèrent à la suite, dans son panthéon personnel, Octavio Paz, Saint-John Perse, Pierre Jean Jouve, Reverdy, René Char, Pessoa, Nietzsche…  Avec un regret : “J'ai lu Dante trop tard”. <br /> Un vers tout en souplesse, des poèmes tout simples semblant anodins, rien de spectaculaire, sans jeux de mots ou de sonorités, le frémissement juste de l'être, voilà son choix pour toucher les secrets  merveilleux et angoissants de l'élan amoureux. Seul le vers libre lui parut adapté à ce double mouvement, celui de la brève lumière du diamant étincelant et celui de la faune de l'ombre qui talonne. Celui de la chair-merveille  (“Boire à la source dilatée d'étoiles / Après avoir sur la pierre de hanche / Pesé sur toi pour survivre”) et celui du tragique (“ton nid de vieil oiseau est sous ces branches de silence”).  Mariages de mots porteurs d'énergie réelle, originale, vitale : “J'attends 5 ans avant de publier les poèmes en question. Il faut laisser mûrir comme le vin. Mais pas trop, pour qu'ils ne perdent pas leurs corps et ne deviennent pas abstraits.” Son vers libre donne une grande importance au rythme, à la cadence, à une science d'équilibre et d'harmonie entre des vers  hétéromètres passant de 2 à 14 syllabes ou plus. Quant à la rime, elle est éliminée à jamais de sa place terminale, posée à sa place naturelle, non spectaculaire, à l'intérieur du vers. “Avec Porte basse au linteau d'énigme, le Fleury nouveau est arrivé” s'était exclamé Chambelland. Style plus épuré, plus limpide dans les mots, plus dense dans le questionnement et l'appréhension de la vie, tout en gardant ses constituants de base. L'image, marquée au début par l’écart surréaliste, se concentre en son noyau : “La lampe, peut-être l'allumer aux larmes / qui savent elles / plus que les choses ?”<br /> Si Albert Fleury n'a pas la place méritée, ce n'est pas seulement parce qu'il a poursuivi une œuvre sans trompettes. Son œuvre échappe à la rencontre ponctuelle et demande à être vue et suivie dans sa trajectoire. Tous ses recueils s'enchaînent. Positionnement difficile pour le critique hâtif ou débordé. D'où, depuis le début, un quiproquo sur ce poète dit de la Nature et sur sa vaste imagerie, celle-là réelle, quiproquo poussé à l'ineptie par le critique-sans-épaules qui écrit : “Orée de lune vient de confirmer aujourd'hui, le talent de ce poète qui sait si bien décortiquer l'univers végétal, comme le minéral et l'humain en des vers ciselés de main de maître…”. Superlatifs de béton ! Contre-sens qui prend au premier degré la vaste imagerie  des éléments de la nature et de la vie rurale  sans voir que ces images sont de forts symboles sexuels ! Ainsi, “la source dilatée d'étoiles”, représente le sexe de la femme aimée, lequel devient aussi “le nid sous ces branches de silence”. Dès lors, on peut comprendre le sens profond et  secret de ces vers : “La terre ici se déshabille de ces pierres” qui n'est pas un décorticage de l'univers minéral ! <br /> Toute la poésie d'Albert Fleury se fonde sur une quête mystique hors de toute métaphysique : l'union charnelle avec la Terre passant par le sexe de l'aimée, “l'étroit passage / où la rose unique frappe à l'âme”. Derrière lequel  s'offre “l'étendue à aimer”, “le noyau d'un savoir qui n'est fait que de la sève de la terre.” On comprend que Baudelaire ne sied pas à Albert Fleury qui rejette le sentiment du péché, de la chute, du remords et le spleen d'un monde perdu. Tout le contraire : “Tant d'odyssées séparatrices / ne m'empêcheront point de vous tenir toujours en moi, Terre”. De Rêveur de jonquilles (1973) - où s'affirme, printemps, l'aube de la vie en croissance cherchant  “où sont les anges ?” - jusqu'à Orée de lune (2000), l'entrée dans la nuit, et même s'il utilise parfois des mots religieux (la rosace, la cathédrale) pour évoquer une mystique païenne, ontologique - le poète entend embrasser et veiller l'énigme de ce qui constitue  son destin d'être dans l'univers. Enigme de l'acte sexuel amoureux qui porte “le signe prématuré de l'inouï … pour l'opiniâtre obstination des alchimistes d'amour”. Enigme où se concentre l'œuvre obscure des lois vivantes de la Terre. Enigme sur un balancier permanent subissant la poussée combinée du “Vert Eros” et du noir Thanatos (plutôt que la face de la mort, celle du désaississement permanent). Il y a d'une part,  les noces terrestres : “l'abîme heureux… le monde refait qui va pousser de toi” joignant la chair, le désir, la joie à la Terre : “Toutes ces pierres dont tu es faite”, tel que le poète peut dire: “l'être ne tremble plus au fond des yeux humiliés”. Et d'autre part, il y a ce sentiment qui grandit, et ce depuis sa jeunesse solitaire, du leurre et de la dissolution jusqu'à ce “Château néant”  de ses 65 ans, s'ajoutant à la maladie permanente de la femme aimée. Le poète constate alors le retournement paradoxal du destin ontologique, destin de nos populations vieillissantes, qui renverse l'équation sexuelle, de l'expansion de vie à la rétraction : “le val entier devient muet”, avec la peur d'ouvrir l'angoisse devant “le portail… le paysage vide…”. Mauvais tour du manège qui tout donne puis dépossède : “il n'est plus dans nos bras qu'un feu nocturne”. Ou : “Est-ce que nos corps étaient contre nous ?” Avec en fin de compte, nécessairement, l'acceptation du “sans issue du destin”. <br /> Acceptation mais non résignation, plutôt une lucidité suppliciée dans la nostalgie de l'union charnelle, dans le retour au pays de l'enfance, dans la parole poétique méditée. Comment  préserver le contact charnel terrestre ? Il répond, en 1992, par son recueil “Demeure la Ferveur”, “même si l'on étouffe” : “Tant que tu peux, parle d'amour… Dans la chambre aujourd'hui glacée / Tout soir est peur”. Puis dans “L'Obscur vouloir”, le poète fait valoir une sérénité durement gagnée : “Si une rose s'en va / je dors encore avec son ombre”.  Dans “Orée de lune” il privilégie “les gîtes de mémoire / où masser l'âcre espoir /… un pays de plénitude dont on se sait écarté”.<br /> Intense quête sacrée - au-delà du religieux -  où le poète se confronte à cet éblouissement jailli de l'amour, posé sur notre mystère terrestre, sans illusion : “nos biens nos seuls biens / seront nos sentiments”. Il s'agit d'incarner l'œuvre de chair de la femme aimée et de la Terre. Deux incarnations dans la saisie de l'être, avec tout l’obscur et la désaissie conjointe. Difficile. L'érotisme auquel il fait allusion n'est pas celui du dieu Pan, de ses transes sexuelles, du délire des sens. Ni celui de Georges Bataille. Il penche vers Orphée que les bacchantes ont mis à mort. Parce que la voie d'Orphée, celle des “enfants de la Terre et du Cosmos étoilé” est incompatible avec le jeu et la règle des Puissances sociales, qu'elles administrent les lois des enfers ou les lois du plaisir. Il s'agit chez Albert Fleury d'une expérience d'harmonie terrestre de type orphique par “l'Alliance de l'étoile et des lèvres” : “J'arrive venant de la grappe à baisers /…/ il me fallait que la vie devint plus qu'elle-même”. <br /> La poésie française du XX° siècle possède deux poètes jusqu'au-boutistes de l'amour charnel. Guy Chambelland, a voulu retrouver la lyre d'Orphée pour traverser les enfers d'un Don Juan pris dans “la mécanique de l'amour noir”. Albert Fleury, mystique de l'amour unique, fonde une œuvre de chair éblouie incarnant la femme et la Terre dans le mouvement même de sa dissolution. Ces deux poètes, à des pôles  antinomiques, se réunirent dans la même association pour partager la même orientation de la poésie : le langage de l'ontologie. Tous deux sont absents des anthologies du XX° siècle. Trop au-dessus. <br />      <br /> Fraternelles amitiés en poésie,<br /> Mireille Disdero<br />  <br />  
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A
Ah merci Mireille d'avoir mis en ligne le papier d'Alain. Je ne me sentais pas le courage de le retranscrire....Un commentaire n'est jamais trop long quand il apporte une telle information. Je vais demander à Alain si il serait d'accord pour prolonger ce travail, maintenant de mémoire et d'amitié fraternelle, en le sortant des remous aventureux de ce blogue pour le retranscrire en eaux plus calmes sur le site. Au chapitre des Auteurs édités, pourquoi ne pas ouvrir une section au nom d'Albert Fleury ?J'ai un projet de même nature pour notre ami  Simonomis.