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*Étonnement systémique et libertaire *Évaluations de l'actualité culturelle, artistique, politique, économique, sociale *Ouvertures vers la pensée non conformiste

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Tabagisme



L'étau se resserre autour des fumeurs. Du moins dans leurs manifestations publiques d'addiction au tabac (à supposer qu'il n'y ait que de l'herbe à Nicot dans leur papier roulé, mais ceci est une autre histoire...).
Les manifestations privées sont tout aussi dangereuses pour la santé du fumeur que pour celle des enfumés, mais la sphère privée étant l'espace des libertés compensatoires, privée elle est privée elle restera. A tel point qu'un argument valable de sociologie-fiction (autre forme de SF) serait l'idée d'une civilisation dont le droit réprimerait divers types de meurtre en public et les autoriserait en privé. Il est vrai que vu la manière dont certains hommes vivent (pardon, Aragon...), leurs femmes pourraient  à juste titre trouver que proposer ce  thème révèle une désolante absence du sens de l'observation.

Je peux ici reconnaître qu'entre dix-sept et cinquante-sept ans (ce qui n'est tout de même pas de sept à soixante-dix-sept) , oui, j'ai fumé. Des cigarettes papier maïs et divers modèles de pipes, avec un faible pour  les fourneaux  en bruyère, puis en écume, évolution du pouvoir d'achat aidant...

En revanche, l'idée de fumer à table, même en mangeant, m'a toujours été insuppor...table.
Égoïstement, ce mélange de mauvais goût, au propre comme au figuré, entre des occupations gustatives  différentes et des fragrances incompatibles me soulevait le cœur. Au propre, cette fois-ci. Fumée et fumet ne cohabitaient pas dans ma conception intime du repas.
Socialement, de plus, je manquais de ce courage existentiel qui s'affirme en imposant à ses commensaux, non le choix d'un met ou d'un cru, fautes vénielles souvent pardonnées, mais d'une part  la mononotonie d'une conversation trop émissive et chargée en décibels, et d'autre part  la diffusion d'une odeur forte venant tuer les effluves des plats, les arômes des vins, le goût des aliments.

Ce n'est pas, à bien creuser,  l'état des poumons et du larynx des fumeurs publics qui me soucie. C'est l'interférence fâcheuse entre l'odeur qu'ils répandent dans l'air et la neutralité d'ambiance qu'implique l'appréciation et la dégustation d'une recette. D'ailleurs, si j'étais le législateur, j'interdirais simultanément,  pour les mêmes motifs d'ingérence intempestive, les odieuses odeurs des tabacs et les perfides parfums des eaux de toilettes et autres liquides dont s'aspergent certain(e)s convives, tout aussi indiscrets, envahissants,  et perturbants.

Faites au passage un détour par les origines de la tabagie (le mot, pas la chose). Ce ne serait pas ce que j'ai longtemps cru, le lieu ou le tabac agit. Les Algonquins auraient (il ne sont plus guère nombreux, au Québec et en Ontario) utilisé le mot d'origine pour parler...festin !

Crédits :
Merci au putois, qui nous démontre qu'en matière de nuisance, et d'efficacité communicationnelle, un aérosol qui ne consomme que quelques molécules actives peut avoir raison de nombreux partenaires pourtant en apparence plus impressionnants.
Merci à Jean Zin, qui utilise cet exemple et à qui j'ai dérobé sans vergogne l'effigie du  petit putois (les images n'ont pas d'odeur, le mot putois ne pu(tois)e pas...) qui orne ce billet. Il me le pardonnera certainement.
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L
Paul Valéry avait relevé il y a ... longtempsque l'homme avait sur terre de moins en moins de liberténotamment du fait de la surabondance de loi et de norme...du mal à respirer !
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B
Merci pour ce commentaire très judicieux !<br /> Je parle par expérience, ayant été atteint d'un cancer au larynx en 2001, subi une opération de 7 heures, 58 jours d'hospitalisation, 35 séances de radiothérapie, perdu toutes dents ( brûlées par les rayons ), subi une trachéo -  pour les ignorants : un trou dans la gorge pour respirer -, dormi avec un masque (CPAP) amenant de l'air aux poumons...tout cela jusqu'en 2004 ! ! !<br /> C'est seulement en 2005 que j'ai repris une vie dite normale.<br /> C'est très cher payé le fait de fumer<br /> Et quand je vois la " folie " de toutes ces femmes qui se mettent à fumer pour se " valoriser " - même les âgées - je me dis qu'elles sont connes.<br /> Toutes mes amitiés<br /> Pierre Bachy<br />  
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A
Un de mes collègues en poésie, dont j'ai un peu étudié l'œuvre, a publié une célébration du tabac . Je ne trahis aucun secret – via le titre il est identifiable ; qu'il ait survécu est une merveilleuse chance pour lui et son épouse, et aussi pour la poésie francophone – en disant qu'il a aussi souffert les mêmes étouffements que toi, les mêmes douloureuses retombées d'une pratique dont les conséquences sont imprévisibles. Certains y perdent la voix, d'autres y survivent sans apparents dommages.Mon expérience actuelle est que si l'emploi restreint du tabac (une fois par mois ?) peut apporter  des sensations physiques et mentales particulières, c'est la banalisation de l'inhalation qui la rend potentiellement dangereuse tout en lui ôtant tout  son intérêt psycho-émotionnel.Merci pour ton témoignage, et honneur à ton courage.
M
 <br /> Excellent article, Jean-Pierre, à travers lequel je retiens bien des pensées dont :<br /> "... A tel point qu'un argument valable de sociologie-fiction (autre forme de SF) serait l'idée d'une civilisation dont le droit réprimerait divers types de meurtre en public et les autoriserait en privé."<br /> Par contraste, dans le Dictionnaire des symboles, on nous parle des indiens Tupinamba du Brésil accordant au tabac diverses propriétés, en particulier celle d'éclaircir l'intelligence et de maintenir ceux qui en font usage gaillards et joyeux. "Le magicien soufflant sur les guerriers de la fumée de tabac prononçait ces mots : afin que vous surmontiez vos ennemis, recevez l'esprit de force. On disait aussi que la fumée soufflée sur un patient renforçait la puissance magique de son haleine. De semblables fumigations accompagnent toujours les rites d'initiation des indiens d'Amazonie. Dans la même aire culturelle, le jus de tabac est projeté dans les yeux du candidat-chaman, pour donner à celui-ci le don de clairvoyance."<br /> Pour ma part je ne fume pas. Cependant je me rends compte à quel point le tabac peut prendre un sens sacré quand on regarde le chemins des civilisations... Le tab'agisme en revanche, c'est autre chose...  Qu'à cela ne tienne, continuons à apprécier le calumet de la paix et ses volutes fraternelles !<br /> Mireille<br />  
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